Troubles de la reproduction
On imagine souvent qu’avoir un enfant « viendra tout seul ». Alors quand les mois passent sans grossesse,
les questions, la peur et parfois la honte s’installent. Si vous vivez cela, ou si quelqu’un de votre entourage
est concerné, vous n’êtes ni seul·e, ni « anormal·e ».
Aujourd’hui, la médecine propose des solutions regroupées sous le terme de
procréation médicalement assistée (PMA) ou
assistance médicale à la procréation (AMP). Dans cet article, nous allons parler simplement
de ces troubles de la reproduction, des examens et des aides possibles, avec un langage clair, humain
et sans jugement.
I. Comprendre les troubles de la reproduction
1. De quoi parle-t-on exactement ?
On parle de trouble de la reproduction lorsqu’un couple a du mal à obtenir une grossesse malgré :
- des rapports sexuels réguliers,
- sans contraception,
- pendant environ un an (ou six mois si la femme a plus de 35 ans).
Les médecins utilisent souvent le terme infertilité dans ce cas. Cela ne veut pas dire qu’une
grossesse est impossible, mais qu’elle est plus difficile à obtenir naturellement.
Point important : cela concerne beaucoup plus de couples qu’on ne le croit.
Ce n’est pas un « échec personnel », ni un manque de volonté.
2. D’où vient le problème ?
Il est essentiel de le rappeler :
- le trouble peut venir de la femme,
- de l’homme,
- des deux,
- ou rester inexpliqué, même après des examens.
On distingue donc plusieurs situations :
-
Infertilité féminine : difficulté liée à l’ovulation, aux trompes,
à l’utérus, aux hormones, etc. -
Infertilité masculine : difficulté liée au nombre, à la qualité ou à la mobilité
des spermatozoïdes, ou à des anomalies anatomiques ou hormonales. -
Infertilité mixte : les deux partenaires ont chacun un facteur qui réduit
les chances de grossesse. -
Infertilité inexpliquée : tout semble « normal » aux examens,
mais la grossesse ne vient pas. C’est souvent très frustrant.
L’objectif des examens n’est pas de « désigner un coupable », mais de comprendre comment
aider au mieux le couple.
II. Les principales causes d’infertilité
L’idée ici n’est pas de faire peur, mais de donner des repères. Chaque situation est unique.
A. Les causes fréquentes chez la femme
1. Troubles de l’ovulation
L’ovulation peut être irrégulière, très rare ou absente. Cela peut venir notamment :
- d’un déséquilibre hormonal,
- d’un syndrome des ovaires polykystiques (SOPK),
- d’un poids très bas ou très élevé,
- d’un stress important ou de certaines maladies.
Concrètement, si l’ovulation ne se fait pas bien, la rencontre entre l’ovule et le spermatozoïde
devient plus difficile.
2. Problèmes au niveau des trompes
Les trompes de Fallope sont les « ponts » entre les ovaires et l’utérus.
Si elles sont bouchées, abîmées ou collées après une infection ou une opération, l’ovule et le spermatozoïde
ne peuvent pas se rencontrer normalement.
3. Anomalies de l’utérus
Certaines femmes ont :
- des fibromes (tumeurs bénignes),
- des polypes,
- des malformations de l’utérus,
- une muqueuse utérine (endomètre) de mauvaise qualité.
L’embryon peut alors avoir du mal à s’implanter, ou le risque de fausse couche peut augmenter.
4. Endométriose
L’endométriose est une maladie où un tissu semblable à la muqueuse de l’utérus
se développe en dehors de celui-ci (ovaires, trompes, etc.). Elle peut provoquer :
- de fortes douleurs, notamment pendant les règles,
- des douleurs lors des rapports,
- et parfois des difficultés à concevoir.
5. L’âge
Avec le temps, la réserve ovarienne (le stock d’ovocytes) diminue.
Après 35 ans, la quantité et la qualité des ovocytes baissent progressivement,
ce qui réduit les chances de grossesse. Cela ne veut pas dire que c’est impossible, mais que cela
peut prendre plus de temps ou nécessiter une aide.
B. Les causes fréquentes chez l’homme
1. Problèmes de qualité du sperme
L’examen clé est le spermogramme. Il permet d’évaluer :
- le nombre de spermatozoïdes,
- leur mobilité,
- leur forme (morphologie).
Les difficultés peuvent venir d’un nombre insuffisant, d’une mauvaise mobilité ou d’un trop grand
nombre de formes anormales.
2. Varicocèle
La varicocèle est une dilatation des veines autour du testicule. Elle peut perturber
la production de spermatozoïdes. Dans certains cas, une intervention est proposée.
3. Infections, maladies, traitements
Certaines infections, inflammations, chirurgies, traumatismes ou traitements (comme la chimiothérapie)
peuvent affecter durablement la fertilité.
4. Déséquilibres hormonaux
Comme chez la femme, un trouble hormonal peut diminuer la production de spermatozoïdes.
C. Facteurs communs liés au mode de vie
Certains facteurs touchent autant l’homme que la femme :
- tabac,
- alcool en excès,
- drogues,
- surpoids ou obésité,
- stress important et prolongé,
- exposition à certains polluants ou à de la chaleur excessive au niveau des testicules,
- certains médicaments.
Les infections sexuellement transmissibles (IST) non traitées peuvent aussi altérer
durablement le système reproducteur, par exemple en abîmant les trompes.
L’objectif n’est pas de culpabiliser, mais de rappeler que certains changements (tabac, alcool,
alimentation, activité physique) peuvent parfois améliorer les choses.
III. Le bilan de fertilité : comment ça se passe ?
Beaucoup de couples retardent la consultation par peur ou par honte. Pourtant, consulter tôt permet souvent
de mieux comprendre et de mieux orienter la suite.
1. Quand consulter ?
Il est recommandé de consulter :
- après 12 mois de rapports réguliers sans grossesse,
- après 6 mois si la femme a plus de 35 ans,
- plus tôt en cas de signes particuliers (règles très irrégulières, antécédents d’infections
génitales graves, chirurgie pelvienne, etc.).
2. Le premier rendez-vous
Le médecin va :
-
poser des questions aux deux partenaires : depuis quand vous essayez d’avoir un enfant, fréquence
des rapports, antécédents médicaux, chirurgicaux, familiaux, mode de vie (tabac, alcool, etc.) ; - réaliser un examen clinique ;
- proposer des examens complémentaires, adaptés à chacun.
C’est un moment où vous pouvez poser toutes vos questions, même celles qui semblent « bêtes ».
Elles ne le sont jamais.
3. Les examens courants
Chez la femme :
- prises de sang pour étudier les hormones (cycle, ovulation, réserve ovarienne, etc.),
- échographie pelvienne pour observer utérus et ovaires,
- parfois examen pour vérifier l’état des trompes (hystérosalpingographie, par exemple).
Chez l’homme :
- spermogramme (analyse du sperme),
- parfois échographie testiculaire,
- bilan hormonal si nécessaire.
Ces examens ne servent pas à vous juger, mais à trouver les solutions les plus adaptées.
IV. L’assistance médicale à la procréation (AMP / PMA)
Quand un trouble est identifié (ou même quand il reste inexpliqué), l’équipe médicale peut proposer une
aide.
L’AMP a deux grandes missions :
- aider l’ovule et le spermatozoïde à se rencontrer,
- aider l’embryon à s’implanter dans l’utérus.
1. Avant la PMA : les premières étapes
Parfois, avant de parler de FIV ou d’insémination, le médecin propose :
- des conseils pour mieux repérer l’ovulation,
- des modifications du mode de vie (tabac, poids, stress),
- des traitements pour stimuler l’ovulation,
- la prise en charge d’une autre maladie (infection, varicocèle, etc.).
Si cela ne suffit pas, on peut alors envisager une PMA.
2. L’insémination intra-utérine (IIU)
C’est souvent la première technique proposée dans certains cas.
Principe :
- l’ovulation de la femme est parfois légèrement stimulée,
- le sperme (du conjoint ou d’un donneur, selon la loi du pays) est recueilli,
- il est préparé en laboratoire pour sélectionner les meilleurs spermatozoïdes,
- ces spermatozoïdes sont déposés dans l’utérus au moment de l’ovulation grâce à un petit cathéter.
L’acte est rapide, généralement peu douloureux, et ressemble à un examen gynécologique.
Cette technique peut être proposée si le sperme est un peu diminué mais pas gravement, si l’ovulation
est un peu irrégulière, ou si les rapports sexuels sont difficiles au bon moment.
3. La fécondation in vitro (FIV)
La FIV est plus « lourde », mais aussi souvent plus efficace dans certaines situations.
Les grandes étapes :
-
Stimulation ovarienne : la femme reçoit des injections pour faire mûrir plusieurs ovocytes
dans le même cycle. -
Ponction des ovocytes : les ovocytes sont prélevés dans les ovaires à l’aide d’une aiguille,
sous contrôle échographique, en milieu médical. - Recueil du sperme : le sperme est recueilli le même jour.
-
Fécondation en laboratoire : ovocytes et spermatozoïdes sont mis en contact dans une boîte
de culture. La fécondation se fait « hors du corps ». -
Transfert d’embryons : un ou plusieurs embryons sont replacés dans l’utérus de la femme.
Certains embryons de bonne qualité peuvent être congelés selon la loi et les choix du couple.
4. La FIV avec ICSI
L’ICSI (Injection Intracytoplasmique de Spermatozoïde) est une technique de FIV utilisée
surtout lorsque le sperme est très altéré.
Différence principale : au lieu de « laisser faire » la fécondation dans la boîte
de culture, le biologiste sélectionne un spermatozoïde et l’injecte directement dans l’ovocyte. La suite
(culture de l’embryon, transfert) est similaire à une FIV classique.
5. Don de spermatozoïdes, d’ovocytes ou d’embryons
Selon les lois du pays, il peut être possible de recourir au
don de sperme, au don d’ovocytes ou au
don d’embryons.
Ces options concernent par exemple des personnes dont les gamètes sont très altérés ou des couples risquant
de transmettre une maladie génétique grave.
Ces démarches soulèvent souvent des questions profondes : filiation, anonymat, place du donneur…
L’accompagnement psychologique est alors particulièrement important.
V. La dimension humaine : ce que les examens ne montrent pas
1. Un parcours émotionnel intense
On parle beaucoup d’hormones, de spermogramme, d’ovocytes… mais derrière, il y a des personnes, des histoires,
des émotions.
Un parcours de PMA, c’est : des rendez-vous répétés, des piqûres, des attentes de résultats, des espoirs
et, parfois, des échecs.
Beaucoup de personnes ressentent de la fatigue, de la tristesse, de la colère, de la culpabilité
(« c’est ma faute », « mon corps ne marche pas »). Ces émotions sont normales.
Elles méritent d’être entendues et prises en compte.
2. Le couple au cœur du processus
La PMA peut renforcer le couple (on traverse l’épreuve ensemble) ou le fragiliser (tensions, reproches,
incompréhensions).
Quelques repères utiles :
- continuer à parler d’autre chose que de la PMA,
- respecter le rythme de chacun,
- ne pas hésiter à consulter un psychologue ou à rejoindre un groupe de parole.
3. Le poids du regard des autres
Selon le contexte social ou religieux, ne pas avoir d’enfant peut être très mal vécu :
- remarques blessantes,
- pressions familiales,
- culpabilisation, surtout de la femme.
Briser les tabous, rappeler que l’infertilité n’est ni une malédiction ni une punition,
est essentiel pour faire évoluer les mentalités.
VI. Questions éthiques et sociales
La PMA ne pose pas seulement des questions médicales, mais aussi des questions de société :
- qui peut y avoir accès ? (couples mariés, non mariés, femmes seules, couples de même sexe…)
- comment encadrer le don de gamètes ?
- que faire des embryons congelés non utilisés ?
- comment protéger le futur enfant, tout en respectant le désir des adultes ?
Les réponses varient selon les pays, les cultures, les religions. Ce qui compte, pour les personnes concernées,
c’est d’être informées clairement sur leurs droits, de comprendre les implications de leurs choix
et d’être accompagnées dans leurs décisions.
Conclusion
Les troubles de la reproduction ne sont pas une simple « panne » du corps. Ils touchent l’intime,
l’identité, le couple, la famille, parfois même la place dans la société. L’infertilité n’est ni une punition,
ni une honte, ni un signe d’infériorité.
La procréation médicalement assistée offre des pistes d’espoir : insémination, FIV, ICSI, don de gamètes…
Mais chaque parcours reste unique. Derrière les protocoles, il y a toujours des personnes qui espèrent,
qui doutent, qui se relèvent.
S’informer, comprendre les causes possibles, les examens et les solutions, c’est déjà reprendre un peu de pouvoir
sur une situation qui semble nous échapper. C’est aussi se donner la possibilité de dialoguer plus sereinement
avec les médecins, avec son partenaire et, parfois, avec sa famille.
Dans d’autres articles, vous pourrez approfondir des points plus précis : causes d’infertilité chez la femme,
chez l’homme, déroulement d’une FIV, impact psychologique d’un parcours de PMA, etc. Vous offrirez ainsi à vos
lecteurs non seulement de l’information, mais aussi un véritable soutien.



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